(ao
t 2014) Le Burkina Faso a fait des progr
normes dans le domaine de l
ducation depuis 1960, date d
accession du pays
pendance. Le taux brut de scolarisation au primaire est pass
de 6,7 % en 1960
47,5 % en 2002/2003 et 81,3 % en 2012/2013. Des progr
s ont
galement faits dans la r
duction des in
galit
s entre sexes, puisque l
indice de parit
fille/gar
on pour le taux brut de scolarisation au primaire est pass
de 0,69 en 1997/1998
0,76 en 2002/2003 et 0,99 en 2012/2013. Les progr
normes observ
s au cours de la derni
re d
cennie sont imputables au Plan d
cennal de d
veloppement de l
enseignement de base (PDDEB) mis en place entre 2002 et 2011. Toutefois, malgr
les progr
s accomplis, des efforts importants restent encore
faire pour atteindre la scolarisation primaire universelle.

Les donn
es du recensement g
ral de la population et de l
habitat de 2006, du fait de leur caract
re exhaustif permettent de produire des indicateurs scolaires
des niveaux g
ographiques plus fins. En plus, la disponibilit
un ensemble d
informations sur les caract
ristiques d
mographiques et socio-
conomiques des enfants et de leurs m
nages d
appartenance, permettent de faire ressortir la sp
cificit
des diff
rents groupes sociaux en mati
re d
ducation. Il ressort ainsi que les taux nationaux d
vement des diff
rents cycles d
enseignement au Burkina Faso cachent diverses disparit
: La faible scolarisation des filles par rapport aux gar
ons, des enfants des zones rurales par rapport
ceux du milieu urbain, des enfants des m
nages pauvres par rapport
ceux des m
nages nantis, des orphelins par rapport aux non orphelins, des enfants ayant un handicap par rapport
ceux sans handicap. Les disparit
s spatiales sont particuli
rement importantes. R
sider en milieu rural, par exemple, est nettement plus pr
judiciable
la scolarisation d
un enfant que le fait d
tre fille. Etre fille orpheline des deux parents en milieu rural limite consid
rablement les chances de scolarisation. De m
me,
tre fille avec un handicap en milieu rural constitue un obstacle majeur
la scolarisation.

Au niveau de l
ensemble du pays et quel que soit le milieu de r
sidence, les orphelins fr
quentent moins l
cole que les non orphelins. En outre, comme l
ont observ
plusieurs autres travaux sur l
Afrique, les orphelins de m
re pr
sentent un niveau de fr
quentation scolaire l
rement moins
que les orphelins de p
re. Quelle que soit la r
gion et quel que soit le groupe d
ge, la fr
quentation scolaire des orphelins est plus faible que celle des non orphelins, exception faite du Centre-Nord o
la diff
rence entre les non orphelins et les orphelins de p
re n
est pas significative.

A l
oppos
de la fr
quentation scolaire qui est un indicateur du moment, l
rance de vie scolaire (EVS) est un indicateur synth
tique qui prend en compte non seulement les conditions de scolarisation du moment mais aussi celles du pass
EVS renseigne sur le nombre d
es qu
un enfant esp
rerait passer dans le syst
ducatif s
tait soumis aux taux de fr
quentation scolaire par
ge observ
un moment donn
EVS au plan national au Burkina Faso en 2006 est de 5,5 ans, ce qui est tr
s faible et en de
de la dur
e du cycle primaire qui est de 6 ans. Dans la mesure o
ce nombre d
es prend en compte les redoublements, cela signifie qu
un enfant qui entrait
cole au Burkina Faso en 2006 ne pouvait pas esp
rer (en moyenne) terminer le cycle primaire.

Cette moyenne nationale reste marqu
e par des
carts importants entre sexes, entre milieux de r
sidence, entre cat
gories sociales et entre r
gions (voir tableau). Au niveau de l
ensemble du pays et quels que soient le milieu de r
sidence et la r
gion, les filles passent moins de temps
cole que les gar
ons, leur esp
rance de vie scolaire n
tant que de 4,9 ans au plan national contre 6,1 ans pour les gar
ons.


L
rance de vie scolaire selon la r
gion et le sexe, 2006

Total Gar
ons
Filles
Burkina Faso 5,5 6,1 4,9
Boucle du Mouhoun 4,2 4,6 3,8
Cascades 4,7 5,3 4,1
Centre 11,9 12,0 11,1
Centre Est 4,7 5,2 4,2
Centre Nord 3,9 4,5 3,2
Centre Ouest 5,5 6,4 4,7
Centre Sud 5,3 5,8 4,9
Est 3,2 3,6 2,8
Hauts-Bassins 6,3 7,0 5,6
Nord 5,5 6,5 4,6
Plateau Central 4,7 5,3 4,2
Sahel 2,2 2,4 2,0
Sud Ouest 4,3 4,8 3,8

Source: Jean-Fran
ois Kobian
et Moussa Bougma, Recensement General de la Population et de L’Habitation de 2006 (Ouadougou, Burkina Faso : Ministry of Economics and Ministry of Finance, 2009).


Facteurs Explicatifs

Les facteurs sociaux et culturels contribuent en grande partie
explication de la sous-scolarisation des filles au Burkina Faso et d
une mani
re g
rale en Afrique sub-saharienne. La conception traditionnelle des r
les des hommes et des femmes influence l
investissement de la famille et de la communaut
dans l
ducation des enfants. Le gar
on, orient
vers les activit
s hors de la sph
re domestique et futur pourvoyeur de finances, sera davantage envoy
cole, voie potentielle d
acquisition d
un emploi salari
; ce qui n
est pas le cas pour la fille, confin
e dans les activit
s domestiques. En outre, dans la plupart des soci
Afrique subsaharienne o
la r
sidence est patrilocale, la femme est g
ralement consid
e comme une perp
tuelle
trang
parce qu
amen
se marier et
rejoindre sa belle-famille. Par ailleurs, les pratiques matrimoniales conf
rent aux femmes le statut de propri
une part, lorsqu
une femme quitte son mari pour un autre homme, ce dernier est tenu de d
dommager le mari l
en lui restituant tout ou partie de la compensation matrimoniale qui avait
vers
e pour la femme ; d
autre part, la femme fait presque toujours partie de l
ritage du mari d
funt. Mais il convient de le souligner, les mentalit
s changent progressivement et l
importance d
investir dans la scolarisation des filles est de plus en plus exprim
e par les populations
travers plusieurs recherches r
centes.

La faible participation scolaire de certains groupes marginalis
s (enfants les plus d
munis, orphelins et enfants vivant avec un handicap), s
explique par le fait que c
est seulement r
cemment que ces questions ont commenc
conna
tre un engagement politique bien affirm
. Dans la soci
traditionnelle, il a toujours exist
des m
canismes de prise en charge des orphelins
travers les r
seaux de solidarit
familiale. Avec l
urbanisation et les difficult
conomiques croissantes, on assiste
un effritement de ces syst
mes de solidarit
et au d
veloppement de plusieurs initiatives portant sur la prise en charge des orphelins. Mais ces actions sont pour la plupart isol
es sans qu
il ait une approche globale coordonn
e.

Programmes destin
s aux groupes marginalis
s

Pour r
pondre
la situation de faible scolarisation des diff
rents groupes vuln
rables ou marginalis
s, plusieurs initiatives existent tant de la part de l
tat, des organisations de la soci
civile que des institutions internationales. En 2010, nous avons r
alis
un
tat des lieux des politiques publiques orient
es vers les groupes marginalis
s. Il ressort que les minist
res en charge de l
ducation ont entrepris des programmes en vue d
liorer l
s et le maintien des populations marginalis
es dans le syst
ducatif. Ces programmes incluent
: la distribution gratuite de vivres scolaires (ou cantines scolaires),
des manuels scolaires et du paquet minimum de fournitures scolaires
; le programme sant
-nutrition
; le programme pour am
liorer l
s des filles
la scolarisation
et l
introduction des langues nationales dans l
enseignement. Toutefois, ces programmes font peu l
objet d
valuations syst
matiques ce qui ne permet pas de bien rendre compte de leur impact.

Alors que l
accent a
mis pendant longtemps sur la question de l
s et de la r
duction des in
galit
s au primaire, se r
le de plus en plus le d
fi de la scolarisation dans les autres niveaux d
enseignement (post-primaire ou premier cycle du secondaire, secondaire, sup
rieur). L
s des filles au secondaire est particuli
rement compromis non seulement pour une question de disponibilit
de l
offre mais aussi du fait des logiques matrimoniales (mariages pr
coces). Enfin, en plus de la question de l
s, se pose de mani
re de plus en plus cruciale, celle de la qualit
des apprentissages, gage d
une jeunesse bien form
me de r
pondre aux exigences d
une
conomie moderne et prosp
re.


Jean-Fran
ois Kobian
est le directeur de l’Institut Sup
rieur des Sciences de la Population
l’Universit
de Ouagadougou au Burkina Faso.


Sources

Andr
Batiana et Bati
moko Kon
,
valuation des performances des
ves des
coles satellites, Rapport DRDP/UNICEF
(Ouagadougou, Burkina Faso: Unicef, 2002).

Jean-Fran
ois Kobian
, La non-scolarisation des enfants issus de populations marginalis
es au Burkina Faso: Ampleur, causes et initiatives des pouvoir publics
. Document de r
rence pr
pour le Rapport mondial de suivi sur l
ducation pour tous 2010
Atteindre les marginalis
s (Paris: UNESCO, 2009).

Jean-Fran
ois Kobian
et al.,
Parental Death and Children
s Schooling in Burkina Faso,
Comparative Education Review 49, no. 4 (2005): 468-91.

Jean-Fran
ois Kobian
nages et scolarisation des enfants au Burkina Faso :
la recherche des d
terminants de la demande scolaire,
in Collection Monographies de l’Institut de D
mographie de l’UCL
(Louvain-la-Neuve, Belgium: Academia-Bruylant, 2006).

Jean-Fran
ois Kobian
Ethnies, genre et scolarisation au Burkina Faso : du discours anthropologique aux r
sultats statistiques
, in Genre et soci
s en Afrique, Implications pour le d
veloppement
, ed. Th
se Locoh (Paris: INED, 2007).

Jean-Fran
ois Kobian
and Moussa Bougma, Recensement General de la Population et de L’Habitation de 2006 (Ouadougou, Burkina Faso: Ministry of Economics and Ministry of Finance, 2009).

Abou Napon,
Les obstacles sociolinguistiques
introduction des langues nationales dans l
enseignement primaire au Burkina Faso
, in La question
ducative au Burkina Faso : regards pluriels
, ed. F
lix Compaor
et al. (Ouagadougou, Burkina Faso: IRD, 2007).