(octobre 2001) Certaines observations scientifiques font appara
tre un lien entre la circoncision et un risque moindre de contracter le VIH et des efforts sont en cours pour prouver qu
il existe vraiment. La communaut
internationale n
est cependant pas persuad
e que la circoncision des hommes et des gar
ons doive faire partie des strat
gies de pr
vention du SIDA.
L
hypoth
se que la circoncision offre une protection contre le VIH est apparue il y a une quinzaine d
pendant les premiers stades de l
mie du SIDA
et depuis les
tudes et la litt
rature sur la question fleurissent. La d
couverte d
un vaccin contre le SIDA n
tant toujours pas en vue, la pression monte d
largir la gamme des mesures de pr
vention contre le virus.
Plusieurs
tudes montrent une corr
lation entre le fort taux de pr
valence du VIH dans certaines r
gions de l
Afrique sub-saharienne et la tendance de ces r
gions de ne pas pratiquer la circoncision (excision totale ou partielle du pr
puce). Elles notent par exemple que dans de nombreux pays d
Afrique orientale et m
ridionale o
la circoncision n
est pas pratiqu
grande
chelle, les taux d
infection par le VIH sont extr
mement
s chez les adultes. Dans certaines parties de l
Afrique m
ridionale, ils d
passent les 20 % et atteignent m
me un pic de 36 % au Botswana. Par opposition, dans certains pays d
Afrique occidentale o
la circoncision est tr
pandue, ils sont inf
rieurs
3 %.
“Aujourd
hui, une quarantaine d
tudes montrent que les hommes qui ne sont pas circoncis sont entre 1,8 et 8,2 fois plus
risque de contracter l
infection” remarque Robert Bailey, professeur d
miologie et d
anthropologie
University of Illinois de Chicago ; il ajoute cependant que jusqu
sent ces
tudes se fondent sur des observations et non sur les exp
riences contr
es.
Bailey et ses coll
gues envisagent maintenant de faire progresser la recherche en lan
ant une
tude rigoureuse avec la participation des Luo du Kenya occidental, un des rares groupes ethniques du pays
ne pas pratiquer la circoncision automatique. L
essai par contr
le al
atoire qui commencera en janvier 2002 avec des financements des National Institutes of Health des
tats-Unis et des Instituts de recherche en sant
du Canada, permettra de faire progresser le d
bat international sur la question : la circoncision doit-elle faire partie des mesures visant
duire l
incidence du VIH transmis par voie sexuelle ?
D
autres chercheurs ont publiquement exprim
leur scepticisme. “Sur la base des
tudes publi
es dans la litt
rature, il est inexact de dire que la circoncision emp
che l
infection par VIH” dit un article de l
International Journal of STD and AIDS. Robert Van Howe du Service de p
diatrie de la Marshfield Clinic (Wisconsin)
crit : “M
me si les
tudes montrant que la circoncision est b
fique sont exactes, les risques li
cette proc
dure sont beaucoup plus importants que les faibles avantages qu
elle peut conf
rer. D
pendre de la circoncision pour se prot
ger du VIH au lieu d
utiliser des pr
servatifs dont l
efficacit
est prouv
e est dangereux.”
Bien que la corr
lation semble bien
tablie en Afrique o
la majorit
des
tudes a
alis
ce jour, elle semble l
tre moins dans les pays plus d
velopp
s. Le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) note que les taux d
infection des homosexuels ne varient pas beaucoup entre les pays plus d
velopp
s dont les taux de circoncision sont diff
rents. Il donne l
exemple du Japon o
peu d
hommes sont circoncis et des
tats-Unis o
les quatre-cinqui
mes des hommes le sont. Cela peut venir de ce que la circoncision est plus propre
emp
cher la transmission du virus par voie h
rosexuelle que par voie homosexuelle.
Les deux c
s soulignent que la circoncision en soi est dangereuse. Les risques d
une proc
dure mal men
e vont des infections et des h
morragies excessives au d
membrement et l
utilisation d
instruments non sanitaires peut en fait contribuer
la diffusion du VIH. Ce qui est plus dangereux encore est la possibilit
que la circoncision encourage des comportements
risque si elle est consid
e comme prot
geant du VIH et autres maladies sexuellement transmissibles.
Bailey dit que l
valuation des risques sera un volet important de l
rience qui sera bient
t lanc
e au Kenya et il souligne qu
elle a aussi
con
ue dans l
optique des pr
occupations exprim
es par Van Howe. Des jeunes hommes de 18
24 ans de la ville de Kisumu (Kenya occidental) seront recrut
s sur une p
riode de deux ans ; subiront un test de d
pistage du VIH et recevront des conseils concernant les strat
gies de pr
vention du VIH/SIDA. Ceux qui ne sont pas infect
s par le VIH seront invit
participer
rience. La moiti
entre eux sera affect
un groupe circoncis ; les autres resteront non-circoncis. Les chercheurs suivront les deux groupes pendant deux ans, leur fournissant conseils, pr
servatifs, tests de d
pistage et traitement pour les infections sexuellement transmissibles (IST), y compris le VIH. Bailey et son
quipe ont d
couvert que 70 % des jeunes hommes de Kisumu pr
raient
tre circoncis :
la fin des deux ans, tous les sujets qui le voudront le seront.
Lors d
une r
union organis
an dernier par le Horizons Project du Population Council, un groupe international de chercheurs a sugg
que les essais par contr
le al
atoire semblables
celui que Bailey et ses coll
gues vont r
aliser permettraient de donner des r
ponses
de nombreuses autres questions importantes :
Quel est le r
le biologique du pr
puce dans l
infection des hommes par le VIH et autres IST ? Y a-t-il des diff
rences de transmission du VIH aux femmes par les hommes circoncis et non-circoncis ? L
effet protecteur apparent de la circoncision est-il d
des comportements dict
s par la culture ou la religion, limitant par exemple le nombre des partenaires sexuels ou prescrivant les ablutions apr
s le co
t ?
Yvette Collymore est r
dactrice principale au PRB.
R
rences
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