(Ao
t/Septembre 2000) Un rapport command
par le gouvernement allemand et publi
le 4 juillet lors de la Conf
rence mondiale sur l’avenir des agglom
rations urbaines pr
sente une perspective optimiste de la croissance des villes au XXI
me si
cle. La raison principale pour laquelle le rapport donne dans l’optimisme est “la perspective r
elle que la croissance d
mographique, source de tant de probl
mes, va bient
t se ralentir… faisant place
une p
riode beaucoup plus stable”.
Toutefois, les optimistes ne doivent pas se faire trop d’illusions. En effet, bien que les taux de croissance des m
gapoles
les agglom
rations urbaines de 10 millions d’habitants ou plus
aient fortement diminu
, ces villes devront continuer d’absorber des taux d’accroissement d
mographiques
normes durant les 20 prochaines ann
es ; elles devront d’autre part s’efforcer de relever les d
fis difficiles li
la gestion et
l’administration de la sant
, du bien-
tre et de l’environnement.
Les estimations et projections les plus cr
dibles sur la taille des villes et le d
veloppement urbain proviennent des Nations Unies. Celles-ci sont toutefois bas
es sur des donn
es simplifi
es et risquent d’
tre impr
cises ; les projections, tout particuli
rement, doivent
tre interpr
es avec prudence. Malgr
cela, l’image que donnent les donn
es fournies par les Nations Unies est celle d’une croissance des m
gapoles et non l’inverse.
Depuis 1980, le nombre de m
gapoles dans les r
gions en voie de d
veloppement est pass
de 3
15. Ces villes d
mographiquement plus importantes ont continu
leur croissance en termes absolus, alors m
me que leurs taux de croissance d
mographique ont commenc
baisser
la suite des initiatives nationales de r
duction de la f
condit
et des r
cessions
conomiques qui ont
un moyen de dissuasion de la migration rurale.
Le Caire illustre parfaitement cette th
se. Sur une p
riode de 25 ans, le taux de croissance annuel de la ville est tomb
de 3,7 % entre 1950 et 1975
2,2 % entre 1975 et 2000. Or, entre 1950 et 1975, la population totale du Caire a augment
de 3,7 millions de personnes
de 2,4 millions
6,1 millions d’habitants
et de 4,5 millions d’habitants de 1975
2000, pour atteindre aujourd’hui 10 millions d’habitants.
Figure
Croissance des m
gapoles : hier et aujourd’hui

Source : Tertius Chandler, Four thousand years of urban growth (Quatremille ans de croissance urbaine), 1987 ; Nations Unies, World urbanization prospects: the 1999 revision (Perspectives d’urbanisation mondiale : La r
vision de 1999), 2000.
On se demande si certaines m
gapoles les plus pauvres du monde, telles que Dhaka et Lagos, pourront effectivement absorber les millions d’habitants suppl
mentaires attendus prochainement (d’apr
s les Nations Unies, il s’agirait de 9 millions d’habitants suppl
mentaires pour Dhaka et de 10 millions pour Lagos d’ici 2015). Les alarmistes citent la d
tresse qu’ont connu les habitants pauvres de Chicago, de Londres, de Manchester et de New York et d’autres villes de pays maintenant industrialis
s, durant la p
riode de croissance rapide connue par ces villes entre 1875 et 1900. Bien que ces villes aient connu des progr
conomiques, elles ont
galement eu tendance
conna
tre des taux de mortalit
plus
s que les zones rurales par suite des risques d’accidents du travail et des maladies infectieuses associ
la forte densit
de la population et
l’insuffisance des infrastructures sanitaires et de distribution d’eau potable.
Les conditions de cette
poque r
volue d
crites par Dickens
le travail des enfants, la d
rioration des conditions de logement, le crime et les tensions entre les classes
semblent exister aujourd’hui dans les m
gapoles des pays pauvres, mais
un degr
beaucoup plus
. Qui plus est, ces conditions s’accompagnent souvent de niveaux
s de pollution et d’accidents automobiles mortels, de l’utilisation de drogues illicites et d’infections sexuellement transmissibles tr
pandues telles que le VIH/SIDA. L’ampleur des probl
mes que connaissent les m
gapoles aujourd’hui est imputable
leur croissance rapide ayant abouti
leur surpopulation excessive.
Il faut d’autre part tenir compte de l’environnement. Les syst
mes urbains modernes n
cessitent de grandes quantit
s d’
nergie et les
missions r
sultantes de gaz carbonique et d’azote provenant de la combustion de combustibles fossiles emprisonnent la chaleur exc
dentaire et entra
nent des changements climatiques, une
vation du niveau de la mer et une modification de la v
tation.
Ceux qui sont dans le camp adverse mettent en relief les avantages futurs dont pourraient b
ficier les m
gapoles des r
gions en voie de d
veloppement. Nombre d’
conomistes soutiennent que depuis toujours, les villes ont
la force motrice de la croissance
conomique d’un pays et qu’elles deviennent des m
gapoles uniquement parce qu’elles sont
conomiquement viables pour leurs pays. Au fur et
mesure que les capitales deviennent plus mobiles avec la mondialisation, de larges r
serves de main d’
uvre relativement peu sp
cialis
e peuvent encourager l’entr
e de capitaux
trangers qui multiplient les cr
ations d’emploi dans les secteurs de la production et de l’industrie. La croissance de la technologie Internet permet aux administrations municipales de partager,
peu de frais, les informations concernant les approches efficaces visant l’all
gement de la pauvret
, la gestion des d
chets, le logement
prix abordable et autres questions importantes des villes g
antes.
Les anthropologues ont montr
que les pauvres du secteur urbain qui vivent dans des bidonvilles, des baraquements et des zones suburbaines ne sont pas des habitants marginaux souffrant d’inadaptation sociale, mais des individus industrieux et imaginatifs qui s’efforcent d’am
liorer leurs conditions de vie. La mobilisation des ressources communautaires et les initiatives populaires mises sur pied et anim
es par des r
sidents pauvres ont, par exemple, contribu
liorer les conditions de vie de centaines de quartiers et pourraient augmenter la productivit
de la main-d’
uvre des m
gapoles si elles
taient appliqu
grande
chelle.
Quelle que soit la fa
on dont les m
gapoles sont per
ues, les chercheurs qui se penchent sur le d
veloppement urbain, les d
mographes et les d
cideurs s’accordent sur deux points en ce qui concerne la fa
on d’aborder la situation. Premi
rement, il convient de mettre en place des administrations urbaines efficaces pour assurer le bien-
tre de tous les r
sidents. Deuxi
mement, il faut am
liorer les estimations et les projections sur la population des m
gapoles. La collecte de donn
es pond
es par le biais des recensements et enqu
tes traditionnels, ainsi que par l’utilisation de la nouvelle technologie d’imagerie par satellite, sera n
cessaire pour fournir des donn
es plus fiables aux chercheurs et aux d
cideurs dans les villes les plus grandes du monde.
Martin Brockerhoff est membre associ
de la Division des recherches strat
giques du Conseil sur la population
New York. Cet article est une adaptation de l’article du Population Bulletin, vol. 55, no 3, “An urbanizing world”, dont il est l’auteur, publi
en septembre 2000 par le Population Reference Bureau.